HENRI LESTRADE, MAQUIGNON

DEBOUT FACE A LA TERRE... L'ELEVAGE VISSE AU CORPS

Henri LESTRADE est né le 3 juin 1941 à Eymoutiers sur une commune proche du plateau de Millevaches, le poumon du Limousin. A bussy-Varache un magnifique village d'ici.

"C’est par les racines de la terre que l’on bâtit un homme"

Un petit troupeau d'une quinzaine de vaches. La propriété des parents sur un terrain pentu, très pentu comme dans les Alpes (depuis une école d'alpinisme a été créée sur la commune de la Forêt). Les conditions simples et rustiques de la guerre, et de l'après-guerre pour apprendre à travailler la terre. "Nous étions quatre générations dans la maison sous le même toit, le respect des anciens n'était pas le même... la gestion du 3e âge ! Tout le monde parlait patois... sauf avec moi pour ne pas me contaminer. J'en ai gardé toutes les bribes et bien sûr, quand on arrive dans les fermes pour négocier, pour acheter, le patois créé une proximité ; c'est la langue du maquignon.

Mon père décide de quitter la ferme pour Saint-Priest-Taurion, il avait compris qu'il fallait une exploitation plus grande et plus proche de la ville. Nous sommes en 1955, il m'impose l'école d'agriculture d'Ahun. Je m'en échappe pour la liberté, pour le grand air, je voulais me commander moi ! Je suis né dans l'élevage mais j'ai tout de suite aimé le commerce ; l'un va avec l'autre, c'est complémentaire. après avoir convolé en justes noces en 1965, Henri commence à développer la négociation des bêtes. Au départ la vie est simple et rustique pour le couple qui partage une seule pièce rue Chinchauvaud à Limoges. Tout est sobre et fait à l'économie. Ils sont locataires quelques années ici et ailleurs. "Très tôt, j'ai aimé le risque, j'étais et suis toujours dans la volonté d'investir et d'évoluer".

L'après-guerre, c'était : les sacs sur les quais de la gare emportés (remplis de cochon de la ferme) pour aider les cousins, les amis des cousins... les légumes ramassés, direction Paris...
En 1970, la propriété est encore bien modeste, puis en 1975, vient l'idée de commercer à l'export. Au fil du temps les contacts, les achats, le demi-gros. Puis on commence un vrai négoce au fur et à mesure. C'est désormais 400 hectares et 1 200 bêtes... pas loin de 20 000 bovins changés par an. Cela pourrait donner le tournis, faire poindre de l'autosatisfaction, la certitude d'être arrivé... Ce serait mal connaître Henri LESTRADE quand il continue à parcourir ses stabulations "Tout en Limousine" comme il a plaisir à le dire... le jeune homme est intact.

EXPLICATION

Il se souvient de tout. Du lot des vaches, de leur couleur... Tout y est : provenance, poids, rendement (les bêtes ont un rendement !), elles sont décortiquées, dépecées sur pied avant l'heure. c'est impressionnant...
C'est son métier, juger, jauger. Impitoyable comme la nature. Simple, élégant, le geste sûr. Il sait tout, il maîtrise, il est dans son élément. Il voit ce que les autres ne voyaient pas, plus vif, plus "madré comme on dit ici. C'est ça être malin en campagne. On est en radiologie, l'oeil passe le cheptel au scanner, déshabille... Les bêtes subissent leur dernier examen avant de nous nourrir, triées, étiquettées, expédiées. Une passion... Une carrière.
C'est cette volonté que les enfants suivent... Marie-Laure reprend l'affaire de son propre souhait. L'oeil s'entraîne sous l'expertise du Père... Il est heureux que sa fille rejoigne la solidité, l'immuable du rapport à la nature. la distance avec la terre et la campagne, cette distance des citadins coupés du bon sens paysan interpelle, l'inquiète même. Les petits-enfants qu'il n'arrive pas assez à sortir à son goût... Leur faire comprendre que "c'est par les racines de la terre que l'on bâtit un homme. Savoir-faire, endurance...". Les petits-enfants regardent parfois, pas assez pour celui qui a voyagé, qui pourrait voyager autant qu'il pourrait le souhaiter et qui n'aime rien tant que le coucher de soleil sur Saint-Priest-Taurion. Le coucher de soleil sur sa terre.

Article paru dans le magasine n°2 - 100% Limousin